À quel âge êtes-vous nés ?
C'est sur la base de cette interrogation du philosophe Roland Topor que les élèves de bac pro 1 et leur professeur de français Madame Hublau ont fondé le projet Genesens. Ce happening artistique mêle littérature, expression corporelle et musique expérimentale afin de raconter le parcours de vie des individus. Quatre tableaux : l'accouchement de soi en réponse à la question de Topor; l'inévitable solitude de l'homme parmi les autres illustrée par le monologue de Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès ; la quête de l'amour inspirée par le mythe de la séparation de l'homme-femme évoquée dans le Banquet de Platon et enfin la résistance slamée par les élèves sur le texte Mental de Grand Corps Malade.
Sélectionnée pour les rencontres culturelles des lycées professionnels de l'académie, la classe, en collaboration avec le metteur en scène Michel Valls de la compagnie Valm'in prod et le créateur sonore Jérémie Foudral s'est attelée à faire de Genesens un moment suspendu, une parenthèse onirique et poétique à l'intérieur de l'école. Jeudi 14 mai, départ pour Grenoble. La tension est à son comble et chacun relit dans le car sa conduite. Arrivés à la salle de spectacle de 1500 places, élèves et enseignants restent soudés par le trac.
Beaucoup de monde, beaucoup de bruit. Le filage avec les techniciens rassure un peu mais la performance approche et certains tremblent comme des feuilles. En loge, tout le monde ferme les yeux. Mentalement chacun se refait le spectacle. Plus que deux minutes avant d'entrer en scène. Les 26 artistes d'un jour, le metteur en scène, le professeur, tous forment une grande ronde pour se donner du courage. Un énorme m... et on se lance. La musique démarre, les lumières inondent peu à peu le plateau, la salle est attentive et la prestation parfaite.
Après des applaudissements nourris, la troupe exulte hors scène : « Nous avons été trop bons, Madame ! » ; « Être sur scène, c'est trop fort ! » ; « On a tout déchiré ! ». « Nous aussi nous sommes très fiers de votre travail et de votre implication à tous ». Une journée fantastique qui en a réconcilié plus d'un avec le travail et qui n'aurait pas été envisageable sans le soutien financier de l'A.P.E.L. et de l'établissement.
Toute la classe les remercie chaleureusement de lui avoir permis d'appréhender le français comme une matière vivante et accessible.